Analyse médiologique de l'automobile.

 

Le technicien sait comment on produit l’automobile.

Le médiologue veut savoir ce que l’automobile produit, de qu’elle construit, détruit et reconstruit dans nos têtes, dans nos sociétés, dans la civilisation…

Qu’est-ce que l’automobile invente qui n’existait pas avant elle.

L’automobile symbole :

-          de l’industrialisation au XXᵉ siècle,

-          de réussite sociale,

-          puis d’extension spatiale et culturelle de tous les citoyens,

-          d’autonomie de chaque individu.

 

Miroir des modes de production :

-          Les temps modernes de Ch. Chaplin.

 

Miroir de nos modes de consommation et de nos modes de vie :

-          Traffic, Week-end, Duel…

Et de leur critique : Lefebvre, Baudrillard, Barthes, et…

 

D’où le coup de force linguistique : on confond automobilité et automobile.

En oubliant :

-          vélos, vélomoteurs, motocyclettes, moto ;

-          bateaux et avions (l’eau et l’air) ;

-          trains, trams, bus, autocars ;

-          ascenseurs, funiculaires…

 

L’automobile assure mobilité et autonomie.

Sans limite au début.

Sauf les défaillances techniques et l’insuffisance des infrastructures.

Mais sont arrivées les limitations :

-          réglementation de vitesse,

-          embouteillages,

-          pollution atmosphérique (qu’on attribuait exclusivement à l’industrie et au chauffage domestique).

 

Maturité triste en devenant consommation de masse.

Elle perd ses symboles dans les pays les plus développés.

Réaction : exposition de vieux modèles, spectacle de courses automobiles.

Mais l’automobile devient un objet fonctionnel parmi les autres.

 

Progrès industriel, réussite sociale…

Rêve de démocratisation et de libération.

Puis simple moyen de transport.

Le voyage permis aux masses, son imaginaire, ses mythes…

Le voyage réduit aux déplacements (fantôme de liberté et d’aventure.

La vitesse, la virtuosité du pilote ne sont plus dans la réalité,

Mais elles se réfugient dans l’abstraction des circuits de compétition.

 

Paradoxe : l’automobile crée son contraire en réduisant notre autonomie :

-          les encombrements sur les routes, dans les villes,

-          les accidents partout,

-          les agressions écologiques,

-          les réglementations,

-          les contrôles.

 

Une erreur de prévision : la mobilité rendue moins nécessaire grâce au télétravail.

Car de nombreuses télé-activités permettent d’éviter beaucoup de déplacements.

Mais réseaux virtuels provoquent d’autres déplacements.

Car Internet élargit l’espace réel : travail, coopération, commerce, loisirs, spectacles, rencontres, nouvelles régions…

Ces nouveaux déplacements surcompensent les déplacements évités.

 

Le grand défi du XXIᵉ siècle, plus important que le cybermonde :

Accessibilité et infrastructure.

Construire des infrastructures qui assurent la cohabitation de transports diversifiés.

 

Conséquence paradoxale de l’impératif d’accessibilité : la croissance de métropoles et des réseaux physiques entre elles.

Pas de capitale régionale isolée.

Les villes mondiales vivent d’une accumulation :

-          de finances,

-          d’activités industrielles,

-          de développement de services,

-          qui demandent de la main d’œuvre diversifiée.

 

La métropolisation entraîne une croissance des réseaux virtuels (professionnels et commerciaux).

Statistiquement : corrélation étroite entre importance des sites internet et taille des villes qui les accueillent.

La puissance d’un réseau virtuel tient aussi à l’espace réel.

 

Qui accessibilité dit mobilité.

On désire la mobilité pour de nouveaux motifs :

-          le travail (sites, emplois différents),

-          les courses (le commerce à la périphérie des agglomérations),

-          les loisirs,

-          les écoles.

Même le commerce électronique demande des livraisons.

 

Quelle place l’automobile va-t-elle prendre dans ces nouveaux impératifs d’automobilité ?

-          dans les banlieues mal desservies par les transports en commun ;

-          seuls, voiture et camion sont adaptés au transport point par point ;

-          baisse réelle des coûts des déplacements automobiles ;

-          accroissement des distances parcourues mais temps de déplacement stables.

 

En progrès, d’autres outils d’automobilité :

-          les transports en commun : prévision, affichages, applications numériques…

-          pour répondre aux restrictions croissantes : taxis, voitures en libre service, covoiturage…

-          la solution des deux-roues pour les villes : vélo, motos, scooters, motos, hybrides…

 

L’automobile comme « mal public » ? (Loren Lomaski, philosophe américain)

Deux gros obstacles objectifs à l’avenir de l’automobile :

-          l’insécurité routière,

-          l’environnement.

 

Le nombre des tués sur les routes a beaucoup diminué.

La sensibilité à l’insécurité routière est en hausse.

Il s’agit d’un changement des représentations.

 

De même pour la pollution atmosphérique, qui est en nette baisse chez nous.

Mais notre perception est plus aiguë.

Les voitures européennes sont peu responsables de l’effet de serre.

Mais les Européens y son de plus en plus sensibles.

 

Pourquoi l’automobile est-elle devenue un « mal public » ?

Déception des rêves de liberté et d’autonomie.

Changement des représentations à l’égard de ses nuisances.

Qui fabrique ces représentations ?

 

Les médias, friands de menaces, de mauvaises nouvelles

(une belle journée d’août devient « pic de pollution »).

Les évaluations, les expertises aux critères plus stricts

(la pollution augmente parce qu’on la mesure mieux).

Les politiques, les décideurs qui défendent des objectifs mondiaux.

Les politiques et l’opinion publique.

Il faut choisir les solutions les plus légitimes : les victimes, les handicapés, les non-fumeurs…

L’indulgence policière favorise les faibles : exemple des déjections canines sur les trottoirs. 

Surtout la croissance de l’individualisme dans un monde de plus en plus urbanisé.

Contraint à des interdépendances et à des cohabitations.

Perte des régulations traditionnelles et de l’autocensure.

La liberté de chacun menace tous les autres.

Le ressentiment et la haine s’expriment de plus en plus (liberté d’expression).

On est un peu poli : le jugement, la condamnation trouvent un objet intermédiaire : la cigarette, le téléphone portable, l’automobile… des autres.

L’autre me gêne, sa fumée me gêne : je hais la fumée.

Le téléphone de l’autre me gêne : le téléphone devient un « mal public ».

Ceux qui peuvent se passer d’une automobile reportent sur les conducteurs l’accusation, comme les anciens fumeurs.

On aime son auto, mais pas celle des autres. C’est qu’on n’aime pas l’autre. L’autre conduit toujours mal.

De plus en plus d’urbanisme fabrique la sensibilité écologique.

Le vote vert est plus fort dans le Paris intra-muros.

Le ressentiment, la haine de l’autre est la part inavouable des mouvements écologiques intégristes.

Le politiquement et l’écologiquement correct se complètent.

 

Conclusion : le paradoxe  de l’automobile.

-          elle est plus désirable ou plus nécessaire (nécessité de mobilité et d’automobilité pour harmoniser l’espace virtuel et l’espace réel) ;

-          moyen privilégié de  conserver une autonomie relative et de faire de sa vie une performance ;

-          objet de ressentiment de gens de plus en plus nombreux qui ont fait un deuil (partiel) de l’auto : on peut s’en passer, et ceux qui l’utilise encore sont de moins en moins légitimés.

 

Des réponses techniques :

-          réponses de sécurité, passives, actives, interactives ;

-          réponses d’antipollution : les moteurs, le prix de gazole, les voitures électriques ;

-          réponses numériques : guide GPS, conduite sans chauffeur, suréquipement.

 

Des réponses sociétales complexes :

L’autre me dérange a priori

et il est difficile de mettre de la raison dans mes sympathies et antipathies collectives.